(BFM Bourse) - Le groupe de défense a dû abaisser ses prévisions pour 2026, en raison du décalage d'un important contrat avec l'armée allemande.
"Mayday" pour Rheinmetall en Bourse. Le groupe de défense allemand (obus, chars, drones, systèmes de surveillance aériens, armement naval, mines marines) accuse la grande punition boursière du jour, chutant de 16% en fin d'après-midi ce jeudi 5 novembre, après avoir livré ses résultats du troisième trimestre.
Passons sur les comptes de la société, plutôt bons, le bureau d'études indépendant Alphavalue évoquant une performance "relativement solide".
La sanction boursière provient des perspectives de la société qui ont été abaissées pour l'exercice 2026 en raison de retards de projets. Rheinmetall vise des revenus d'environ 13,2 milliards d'euros contre un intervalle précédent de 13,7 à 14,2 milliards d'euros auparavant, tandis que la marge opérationnelle est attendue à 18,5% contre 19% précédemment.
Par ailleurs, la société s'attend toujours à dégager un flux de trésorerie mais ne fait plus mention d'un taux de 40% de son résultat opérationnel converti en trésorerie.
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Arminius n'ira pas dans l'entreprise d'Armin
Ce "profit warning" (avertissement sur résultats) s'explique par le décalage d'un important programme, à savoir le projet "Arminius" qui vise à équiper massivement la Bundeswehr en blindés Boxer, notamment utilisés pour le transport de troupes.
Le directeur général de la société, Armin Papperger avait en août indiqué s'attendre à réaliser 12,4 milliards d'euros de revenus sur le premier contrat de ce programme, qu'il espérait décrocher avant la fin de l'année.
Le dirigeant avait également évoqué un second contrat de 2 milliards d'euros qui pourrait être signé en janvier-février ainsi que deux options supplémentaires d'un total de 26 milliards d'euros.
Mlaheureusement pour les actionnaires de la société, le premier contrat de ce programme Arminius a été décalé à 2027 "par conséquent, les acomptes et les contributions aux revenus seront reportés", explique Jefferies.
En août, Armin Papperger avait évoqué des acomptes pouvant représenter environ 30% de ce contrat, soit 3 milliards d'euros.
Les analyses relativisent. Citi estime que le gros des revenus et bénéfices qui manquent au groupe "sont simplement reportés et n'ont pas disparu".
"Il est important de souligner que cela (l'abaissement des prévisions, NDLR) ne reflète pas un changement de la tendance sous-jacente ni une perte d'activité, mais simplement un décalage dans les livraisons et la comptabilisation du chiffre d'affaires", abonde Oddo BHF.
Cet impair fait quand même mauvais genre. Alphavalue évoque "un abaissement de prévisions qui ébranle la confiance". "Les investisseurs auront probablement besoin d'une meilleure visibilité sur les livraisons et la conversion en trésorerie avant de retrouver confiance", ajoute le bureau d'études indépendant.
Une crédibilité écornée
"Il faut bien reconnaître que cela ne contribuera guère à rétablir la crédibilité de la direction", reconnaît pour sa part Oddo BHF.
Surtout, cette annonce constitue un nouveau revers pour le groupe qui, après avoir vu son cours de Bourse multiplié par près de 23 entre début 2022 et mai 2025, souffre. L'action plonge de 50% cette année.
La société a notamment accusé en juin une chute de 18,65% sur une séance, plombée par la perte d'un immense contrat, à savoir le projet de méga-frégate allemande F126.
Cette commande de frégates avait été initialement confiée aux chantiers navals néerlandais Damen. Mais à la suite des difficultés rencontrées par le groupe hollandais, Berlin avait étudié le transfert de cette commande à un autre chantier naval, basé dans le nord de l'Allemagne et récemment racheté par Rheinmetall.
Berlin a toutefois considéré que cette option aurait entraîné des surcoûts massifs, évoquant dans un communiqué "environ 15,2 milliards d'euros pour six navires, et plus de 18 milliards d'euros en incluant les engagements déjà pris".
Au-delà de cette perte de contrat massive, Rheinmetall a pâti de plusieurs craintes de marché.
Les investisseurs redoutent notamment que la mise en œuvre des budgets militaires en Europe, qui ont été brutalement revus à la hausse ces dernières années en raison de la guerre en Ukraine et des tensions géopolitiques, souffre d'accroc.
Deutsche Bank citait cet été des doutes autour de l'exécution des budgets de défense et "la réorientation éventuelle des priorités en matière de défense", jugeant ces craintes exagérées.
Sur ce point, l'annonce du report du contrat Arminius risque bien d'attiser ces craintes. "La conclusion pour le secteur de la défense est que l'augmentation des budgets de défense ne se traduit pas nécessairement par une hausse des chiffres d'affaires aussi rapidement que prévu, notamment dans les domaines des systèmes terrestres et des munitions", tranche ce jeudi Alphavalue.
Rheinmetall a par ailleurs été pénalisé par une autre inquiétude des investisseurs à savoir que les groupes d'armement terrestres soient à terme supplantés par des sociétés plus jeunes et innovantes notamment dans les drones.
Un facteur "a pesé, à savoir le 'trade-off' (arbitrage, NDLR) entre les nouvelles défenses, comme les acteurs des drones, face aux industries de défense plus traditionnelles et européennes. De nouveaux acteurs américains plus agiles, avec plus d'agilité pour développer des armes automatisées, qui semblent capter facilement des parts de marchés. Les investisseurs peuvent ainsi craindre des réallocations de budgets au détriment des fabricants d'armes traditionnelles", expliquait à BFM Bourse Yan Derocles, analyste d'Oddo BHF, en juillet.
"Nous pensons toutefois que ce risque doit être relativisé car il est beaucoup plus difficile de pénétrer le marché européen, très fragmenté, qu'aux États-Unis et donc d'atteindre une masse critique", nuançait l'analyste.
